
PORT-AU-PRINCE, 17 octobre 2026 (Radio Télé Confiance) — « Les Noirs dont les pères sont en Afrique, n’auront-ils rien ? » Deux cent vingt ans après l’assassinat de Jean-Jacques Dessalines, cette interrogation historique du fondateur de la nation haïtienne conserve une résonance particulière, alors que le pays commémore sa mort dans un contexte de crise sécuritaire, politique et économique aiguë.
Une semaine environ après les déclarations fracassantes de l’ambassadeur d’Espagne accrédité en Haïti, jugées par certains comme une atteinte à la mémoire du Père de l’indépendance, le Premier ministre « infréquentable » et « indigne », Alix Didier Fils-Aimé, a rendu hommage, samedi, à Jean-Jacques Dessalines, lors d’une cérémonie organisée au Musée du Panthéon national haïtien (MUPANAH), à Port-au-Prince.
Le chef du gouvernement a notamment déposé une gerbe de fleurs, signé le Livre d’Or et observé une minute de recueillement, suivie de la sonnerie aux morts.
Alors que des groupes armés contrôlent plusieurs territoires et que les institutions peinent à répondre aux attentes de la population, la célébration de l’héritage dessalinien soulève la question de la fidélité des dirigeants actuels aux idéaux de liberté, de dignité et de souveraineté nationale proclamés en 1804.
Le choix du MUPANAH comme lieu de commémoration contraste également avec la situation de Pont-Rouge, où Dessalines fut assassiné le 17 octobre 1806. Ce lieu historique, associé à la mémoire du fondateur de la nation, se trouve aujourd’hui, à deux mois des élections en Haïti, sur la liste des « territoires perdus ».
Le pont Rouge
Deux siècles après la disparition de l’empereur, la portée de son héritage dépasse ainsi le cadre des cérémonies officielles. Elle renvoie à une interrogation fondamentale : que reste-t-il des idéaux de l’indépendance dans un pays où la souveraineté nationale, la sécurité et la dignité collective sont submergées par une économie criminelle, emballée dans la résolution 27/93 du Conseil de sécurité de l’ONU sous un narratif de « terrorisme » ?
La question prend tout son sens à la lumière de cette phrase attribuée à Dessalines : « Les Noirs dont les pères sont en Afrique, n’auront-ils rien ? »
Au-delà de sa dimension historique, cette interrogation rappelle l’ambition universelle de la révolution haïtienne : faire de la liberté conquise par les anciens esclaves un principe qui ne s’arrête ni aux frontières ni aux intérêts d’une élite. Elle renvoie aussi à la question de la répartition des richesses et aux inégalités criantes qui réduisent la jeunesse haïtienne à l’extrême pauvreté.
En ce 17 octobre 2026, l’hommage rendu au Père de l’indépendance invite donc à dépasser les gestes symboliques pour interroger la réalité politique et sociale du pays. Car honorer Dessalines ne consiste pas seulement à déposer une gerbe de fleurs en sa mémoire, mais aussi à mesurer le chemin qui sépare les promesses de 1804 des réalités d’aujourd’hui.
