À l’issue de sa mission de chargé d’affaires des États-Unis en Haïti, Henry Wooster a livré jeudi 23 juillet 2026 un bilan sans complaisance, articulé autour d’un constat clair : sans sécurité, point d’élections crédibles ; sans élections, point de stabilité durable.
De retour en Haïti vingt-huit ans après sa première affectation, le diplomate a d’emblée distingué deux notions trop souvent confondues. La sécurité, dit-il, est le socle opérationnel permettant d’organiser un scrutin fiable. La stabilité, en revanche, est l’horizon plus lointain d’institutions légitimes, d’une économie prospère et d’une gouvernance vertueuse. « D’abord l’une, puis l’autre », a-t-il martelé.
Sur le terrain, la Force de répression des gangs (FRG) a débuté ses opérations le mois dernier. Avec des contingents tchadiens, salvadoriens, guatémaltèques, jamaïcains, mongols et sri-lankais, elle procède à des arrestations, des saisies d’armes et des dégagements de routes. Actuellement déployée à 25 % de ses effectifs, elle devrait atteindre sa pleine capacité de 5 500 hommes entre septembre et octobre 2026.
Wooster a franchi un pas rare : il a ouvertement dénoncé les liens troubles entre certains policiers, responsables politiques et acteurs du secteur privé avec les gangs armés. « Ces individus soutiennent l’instabilité par le trafic d’armes ou le financement des groupes criminels », a-t-il affirmé, appelant à mettre fin à l’impunité.
Parallèlement, le programme « P4000 » financé par Washington ambitionne de former 4 000 nouveaux policiers d’ici début 2027, tandis que les États-Unis ont levé les restrictions empêchant toute coopération avec les Forces armées d’Haïti.
Le diplomate a plaidé avec vigueur pour la tenue d’élections libres. Le premier tour est prévu le 30 août 2026, suivi d’un second tour en décembre, pour une investiture le 7 février 2027. « Les dirigeants politiques, le secteur privé et la société civile doivent rejeter la corruption et œuvrer pour le bien commun », a-t-il exhorté.
Wooster a également insisté sur la nécessité de créer des emplois pour offrir aux jeunes une alternative au recrutement par les gangs. « Le secteur privé haïtien doit être le moteur de la relance », a-t-il dit, jugeant impossible tout redressement sans une activité économique à pleine capacité.
Le diplomate a tenu à souligner que les États-Unis restent le premier donateur bilatéral d’Haïti, avec plus de 800 millions de dollars d’aide en cours, dont 125 millions pour l’aide humanitaire et 24 millions pour la sécurité alimentaire.
Enfin, le chargé d’affaires a salué le rôle essentiel des journalistes haïtiens dans la lutte contre la désinformation. « Un journalisme éthique permet aux citoyens de comprendre qui fait quoi et de prendre des décisions éclairées », a-t-il conclu.
Avant de quitter Port-au-Prince, Henry Wooster a résumé son message en une formule : « Une Haïti stable sert les intérêts de tous – Haïtiens, Américains et la région tout entière. »









