Le Coordonnateur national intérimaire de l’Alliance Nationale des Forces Organisées et Solidaires pour Haïti (ANFOS pour Haïti), Walsonn Sanon, a livré une analyse sans concession de la situation politique du pays, dans un entretien exclusif accordé à Radio Télé Confiance (RTC). Selon lui, le gouvernement de transition dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé est le plus faible que la nation ait jamais connu. Il a averti qu’Haïti ne pourra sortir de la grave crise actuelle sans des élections bénéficiant d’une légitimité oscillant entre 45 % et 60 %.
M. Sanon a rappelé que la crise plonge ses racines dans les contestations ayant entouré les dernières élections, qui avaient abouti à l’accession de Jovenel Moïse à la magistrature suprême. Il a vivement critiqué la classe politique haïtienne, qu’il accuse d’être obnubilée par la transition, au détriment d’une vision et d’un projet politique cohérents. « La bataille menée aujourd’hui ne vise pas à poser les problèmes de manière rationnelle ni à les traiter en profondeur pour parvenir à une résolution définitive de la crise », a-t-il regretté.
Le leader de l’ANFOS a également dézingué le Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections, signée en février dernier par le chef du gouvernement avec plusieurs partis politiques. « Ce document n’a rien d’un accord politique, il s’agit d’une pétition », a-t-il tranché.
Par ailleurs, Walsonn Sanon a estimé que le Premier ministre Fils-Aimé avait une grande opportunité de doter le pays d’un gouvernement composé de femmes et d’hommes compétents, maîtrisant les dossiers de l’État. « Cela aurait été un signal fort envoyé à l’opinion publique nationale et internationale », a-t-il poursuivi. Mais, selon lui, cette occasion a été gâchée par de mauvais conseils de l’entourage du chef du gouvernement.
Sur le processus électoral en cours, M. Sanon s’est montré particulièrement critique. Il a déploré que le décret électoral ait été élaboré (ou modifié) par l’Exécutif et non par le Conseil électoral provisoire (CEP), dont le Premier ministre aurait cherché à prendre le contrôle.
« Quelles que soient les élections organisées par ce CEP, même si elles sont bonnes, elles seront sujettes à contestations et le pays risque de plonger dans une crise encore plus profonde », a-t-il prévenu, appelant à une refonte urgente des bases du processus.

