La décision du commissaire du gouvernement, Me Jean Fritz Patterson Dorval, de convoquer l’ancien sénateur Moïse Jean-Charles pour une audition le 16 juillet 2026 soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. Officiellement, il s’agit de répondre à des déclarations publiques jugées « susceptibles de troubler l’ordre public », après que le leader de Pitit Dessalines a évoqué une mobilisation post-Coupe du Monde visant les proches du Premier ministre.
Mais cette convocation interroge sur ses réels effets politiques. Car le contexte est tout sauf favorable à Moïse Jean-Charles. Son ralliement au Conseil présidentiel de transition via son représentant Emmanuel Vertilaire a considérablement écorné son image de contestataire intransigeant. Ses partisans, déconcertés par ce qu’ils perçoivent comme un double jeu, commencent à douter. Sa menace de « prendre les armes » en août 2025, après avoir contribué à légitimer le système qu’il fustige, a achevé de brouiller son discours.
Pourtant, en le convoquant, le parquet pourrait involontairement lui rendre un service.
Moïse Jean-Charles, que ses propres militants soupçonnent de compromission, pourra se présenter au parquet en victime du pouvoir. La comparution, médiatisée, lui offrira une visibilité que ses récentes prises de position peinaient à obtenir. Le voilà propulsé au centre de l’attention, juste avant la date qu’il a lui-même fixée pour passer à l’action.
Le timing est d’autant plus risqué que la convocation, fixée au 16 juillet, survient à trois jours de la finale du Mondial, moment qu’il a choisi pour sa « mobilisation ». En précipitant cette audition, la justice pourrait cristalliser les tensions plutôt que les apaiser, donnant à l’ancien sénateur l’étincelle dont il avait besoin pour rallumer une base militante en berne.
Le pari du commissaire Dorval, nommé en septembre 2025 après des turbulences au parquet, est donc hasardeux. Voulant museler un adversaire affaibli, il risque de le ressusciter. En cherchant à priver Moïse Jean-Charles de sa capacité à nuire, la justice pourrait lui offrir ce qu’il n’avait plus : une cause, une tribune et une raison de croire en sa propre résilience.

