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Haïti : 18 accusés extradés vers les États-Unis malgré une ordonnance judiciaire

Le juge d’instruction Jean Denis Cyprien avait pourtant été clair. Dans une ordonnance datée du 15 septembre 2026, il interdisait le transfert de Joseph Félix Badio et de 17 anciens militaires colombiens vers les États-Unis sans son autorisation expresse, selon des informations relayées par Passion Info Plus.

Le magistrat avait enjoint aux responsables de la Police nationale d’Haïti (PNH) et de l’Administration pénitentiaire nationale (APENA) de ne donner suite à aucun ordre de déplacement émanant d’une autre autorité que lui. Copie du document avait été transmise au ministre de la Justice Patrick Pélissier, au président du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire Jean-Joseph Lebrun et au commissaire du gouvernement.

Moins d’une semaine après, l’ordonnance était réduite à néant. Dimanche 20 septembre, un avion militaire américain s’est posé à Port-au-Prince et a embarqué les 18 détenus à destination de la Floride. Selon le Miami Herald, un flou a d’abord entouré la présence de Badio dans le vol : les autorités haïtiennes refusaient initialement de le remettre, le considérant comme une pièce maîtresse de l’enquête locale. Son nom figurait pourtant sur le manifeste de vol. Tous ont embarqué en uniformes bleus. Le procureur fédéral du district sud de Floride, Jason A. Reding Quiñones, a confirmé l’opération : « 18 personnes ont quitté Haïti à bord d’un avion militaire et répondront devant la justice américaine. Cinq ans plus tard, nous continuons à traduire des accusés devant les tribunaux, et nous n’avons pas terminé. » Trente personnes ont à ce jour été inculpées dans ce dossier.

Figure centrale du complot selon de nombreux observateurs, Joseph Félix Badio, 63 ans, ancien responsable de l’Unité anti-corruption du ministère de la Justice, avait été arrêté en octobre 2023 à Pétion-Ville après plus de deux ans de cavale.

Lors du procès de quatre résidents du sud de la Floride, des messages texte ont montré son rôle déterminant dans le basculement du projet de « kidnapping » vers celui d’« assassinat ». Des témoins ont affirmé qu’il se trouvait dans la maison de montagne où le commando s’était regroupé la nuit du 7 juillet 2021 et qu’il aurait donné le signal de descente. Il est aussi accusé d’avoir armé les Colombiens et de leur avoir indiqué l’emplacement d’une valise d’argent et de deux armes dans la résidence présidentielle. Jovenel Moïse a été atteint d’une dizaine de balles.

Cette extradition soulève de graves questions sur la souveraineté judiciaire haïtienne. Badio était l’un des détenus les plus importants du système judiciaire local ; son témoignage était jugé essentiel à l’enquête. Désormais, le juge Cyprien ne peut ni l’interroger, ni empêcher sa remise aux Américains. L’ancien maire de Jacmel, Macky Kessa, serait le seul accusé encore détenu en Haïti. La Colombie, de son côté, a confirmé le transfert de 17 de ses ressortissants sans y avoir « participé directement ».

Alors que le procès de Christian Emmanuel Sanon s’apprête à s’ouvrir aux États-Unis et que Samir Handal vient d’être arrêté par le FBI, l’enquête haïtienne, elle, patine. Cinq ans après l’assassinat, aucun procès majeur n’a été organisé à Port-au-Prince.

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