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Haïti à la croisée des chemins : Antonio Guterres appelle le monde à sortir de l’indifférence

En visite à Port-au-Prince ce mardi 16 juin 2026, le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a lancé un avertissement solennel à la communauté internationale : l’heure n’est plus à l’attentisme, mais à l’action. Accueilli par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, le chef de l’ONU a multiplié les rencontres – avec les autorités, la société civile et les familles déplacées – pour se faire une image précise d’une crise qualifiée de « plus grave de l’hémisphère occidental ».

« Vous n’êtes pas seuls »

C’est par ces mots que Guterres a ouvert sa déclaration à la presse, réunie au siège du BINUH à l’hôtel Karibe, à Pétion-Ville. « Je suis venu en Haïti porteur d’un message simple : vous n’êtes pas seuls. Les Nations Unies sont à vos côtés. Et le monde n’a pas le droit de détourner le regard. »

Ces paroles résonnent comme une charge contre l’indifférence internationale. Car les chiffres parlent d’eux-mêmes : 6,4 millions d’Haïtiens, soit plus d’un citoyen sur deux, ont besoin d’aide humanitaire. Près de 1,5 million de personnes vivent dans des camps de déplacés. Et depuis janvier, plus de 2 300 personnes ont été tuées par les gangs.

Le Secrétaire général a mis l’accent sur l’horreur vécue par les plus fragiles. « Au premier trimestre, plus de 20 femmes et filles ont été agressées chaque jour », a-t-il dénoncé. Pire encore : le recrutement d’enfants par les gangs a triplé en un an. Désormais, un membre de gang sur deux est un enfant.

« Des enfances volées – par la violence, par l’exploitation, par la faim. Voilà la vraie nature de ces groupes. C’est absolument intolérable. Cela doit cesser », a martelé le chef de l’ONU.

Sur le plan humanitaire, Guterres a été sans détour : le plan de réponse des Nations Unies, d’un montant de 880 millions de dollars, n’est financé qu’à hauteur d’un quart. « Haïti ne demande pas la charité. Haïti demande que le monde tienne parole. Et Haïti ne peut pas attendre. »

Le Secrétaire général a salué les progrès récents : la reprise de certains quartiers de la capitale, la réunion du Conseil des ministres au Palais national après trois ans d’absence, et le déploiement de la Force de répression des gangs (FRG). « Cette force offre une chance réelle de faire reculer la violence et de rétablir l’autorité de l’État », a-t-il estimé.

Mais il a aussi rappelé que la sécurité ne saurait se faire au détriment des droits humains. « Les droits humains et la lutte contre l’impunité ne sont pas un obstacle à la sécurité : ils en sont la condition, et le socle de la confiance de la population. »

Au-delà de la sécurité, Guterres a plaidé pour une accélération du processus politique. « L’occasion qui s’offre aujourd’hui ne se représentera peut-être pas – je compte sur les dirigeants haïtiens pour la saisir. » Il a réaffirmé que seules des élections crédibles et inclusives pourraient rétablir l’ordre constitutionnel.

Interrogé sur le retard du déploiement d’une force robuste, le Secrétaire général a pointé le manque d’engagement des pays développés. « Je vois des troupes tchadiennes, jamaïcaines, bientôt bangladaises, mais aucun contingent de pays riches. Il est temps que les pays en développement s’engagent dans ce type d’opérations », a-t-il lancé.

Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a salué cette visite comme un gage de confiance renouvelée. Dans un communiqué, la Primature a affirmé que les deux parties ont convenu de renforcer leur coopération pour ouvrir la voie à une Haïti « plus stable, plus sereine et plus prospère ».

Malgré l’ampleur des défis, António Guterres a voulu conclure sur une note d’espoir. « Pour la première fois depuis des années, on entrevoit le bout du tunnel », a-t-il déclaré, évoquant la résilience du peuple haïtien. « Il y a plus de deux siècles, à Vertières, un peuple a accompli ce que le monde croyait impossible. Ce peuple-là saura, j’en suis convaincu, se libérer de l’emprise des gangs. »

Le chef de l’ONU a quitté Haïti avec une promesse solennelle : « Notre rôle n’est pas d’agir à votre place. Notre place est à vos côtés. Et nous y serons – jusqu’au bout. »

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