À trois mois d’une échéance que tous les regards scrutent, le Collectif Défenseurs Plus vient de jeter un pavé dans la mare. Son rapport publié en ce début d’octobre 2026, fruit de près de deux années d’observation minutieuse, sonne comme un avertissement : le 13 décembre 2026 n’aura pas lieu, du moins pas dans des conditions dignes de ce nom.
706 720. C’est le nombre d’électeurs inscrits au registre du CEP à la fin septembre 2026. En face, 6,55 millions de personnes figurent dans la base de l’ONI et 5,8 millions détiennent une carte d’identification valide. L’écart est vertigineux. Il ne s’agit pas d’une simple divergence statistique, mais d’un gouffre qui menace d’engloutir des millions de citoyens dans les limbes de l’exclusion électorale, s’alarme le Collectif Défenseur Plus, tout en se questionnant. Comment expliquer qu’un pays incapable de transformer ses citoyens identifiés en électeurs prétende organiser une élection nationale crédible en quelques semaines ?
L’instabilité normative aggrave le tableau. Entre décembre 2025 et juillet 2026, Haïti a empilé les décrets, les calendriers et les révisions. Un texte adopté le 1er décembre 2025, un autre le 2 juin 2026, modifié dès le 2 juillet suivant. Chaque nouvelle mouture apporte son lot d’incertitudes. Les partis politiques s’interrogent, le CEP lui-même reconnaît des lacunes, le gouvernement tente de recoller les morceaux. Dans ce maelström juridique, la prévisibilité du processus s’effondre, poursuit le rapport de l’organisation de droits humains.
Le CEP l’avait admis dès décembre 2025 : 23 communes échappaient au contrôle de l’État. En 2026, la situation s’est dégradée. Le BINUH a documenté 1 408 morts et 656 blessés entre avril et juin. Les attaques de Kenscoff en août ont fait une cinquantaine de victimes supplémentaires. Près de deux millions de déplacés internes errent dans le pays. Comment voter quand on a tout perdu, quand on ne peut ni circuler, ni s’informer, ni se rendre dans un bureau de vote sans risquer sa vie ?
Le rapport pointe aussi la question de la confiance. Les allégations de partisanneries, de favoritisme, d’utilisation des ressources publiques à des fins électoralistes ne sont pas des preuves judiciaires, mais elles constituent des indicateurs de risque. Dans une administration électorale, la perception d’indépendance vaut presque autant que l’indépendance elle-même. Or, le CEP souffre d’un déficit de crédibilité que les reports successifs et les controverses n’ont fait qu’accentuer.
Défenseurs Plus formule dix recommandations. Audit indépendant du registre électoral. Mécanisme spécial pour les déplacés. Contrôle strict des ressources publiques. Évaluation publique de la faisabilité du 13 décembre. Création d’un cadre de concertation inclusive. Autant de pistes qui supposent une volonté politique aujourd’hui absente.
L’organisation affirme enfin que le peuple haïtien mérite mieux qu’un scrutin de façade. Il a droit à des élections où chaque voix compte, où chaque citoyen peut s’exprimer librement, où les résultats reflètent la volonté populaire. À l’heure actuelle, rien ne garantit que le 13 décembre 2026 offre cette possibilité.

