Alors qu’on enregistre de plus en plus de déplacements forcés dans le pays, l’Office National de la Migration (ONM) est inscrit aux abonnés absents.
En février 2026, l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) a dénombré 1 450 254 déplacés à l’intérieur du pays. Cette évaluation, obtenue en décembre 2025, témoigne d’une augmentation de 3 % par rapport au mois de septembre de la même année. Une courbe croissante enregistrée depuis l’explosion de la violence armée dans le pays en 2023.
Les Personnes Déplacées Internes, couramment identifiées sous le sigle PDI, correspondent aux « Personnes ou groupes de personnes qui ont été forcés ou contraints de fuir ou de quitter leur foyer ou leur lieu de résidence habituelle, notamment en raison d’un conflit armé, de situations de violence généralisée, de violations des droits de l’homme ou de catastrophes naturelles ou provoquées par l’homme ou pour en éviter les effets, et qui n’ont pas franchi les frontières internationalement reconnues d’un État.» Les PDI, au sens de l’Organisation des Nations unies (ONU) et de l’OIM, font partie des premières victimes directes de ce déferlement de violence aveugle.
Les raisons des déplacements forcés en d’Haïti correspondent quasiment à toutes les situations relatées dans cette définition. Peu importe les contextes, les conséquences humanitaires, psychologiques, sociales et économiques pour les personnes qui ont été forcées de fuir leur maison sont nombreuses et partagées:
- Traumatisme ;
- Séparation des familles ;
- Interruption brusque de leurs activités (éducatives, religieuses), et, plus généralement, perte de leurs principaux repères. Ce qui rend encore plus difficile de reconstituer leur vie ;
- Perte de moyens de subsistance ;
- Exposition à d’autres formes de violence, surtout pour les filles et les femmes ;
- Exposition à l’insalubrité ;
- Accès limité aux soins de santé.
Chacun de ces facteurs de vulnérabilité représente à lui seul une menace imminente pouvant anéantir la vie d’un individu forcé à fuir sa résidence habituelle. Le déplacement forcé, perçu comme une petite crise dans le cadre d’une crise plus vaste, demeure extrêmement difficile à endurer, que ce soit pour un individu isolé ou lorsque les victimes dépassent le million. Ce que vivent les PDI va au-delà de la crise sécuritaire. Il constitue une autre grande catastrophe qui devrait interpeller toute la société.
Mais où sont les autorités ?
Il est évident que la crise n’est pas gérée à la hauteur de sa gravité.
Dans un pays où environ un million et demi de personnes sont forcées à errer, exposées à toutes sortes de danger, on ne ressent aucun engouement de la part des autorités pour apporter les réponses adéquates. De pauvres gens, incluant fillettes et femmes, sont abandonnés à la merci d’organisations internationales charitables pour recevoir de l’eau, de la nourriture et les soins de santé.
Pourtant, l’Etat haïtien dispose d’une institution spécialisée, créée pour gérer, entre autres responsabilités, le problème de migration forcée : l’Office national de la Migration (ONM). Mais il est aux abonnés absents. On ne reçoit aucun signe de l’institution qui devrait être aux avants postes. Dans les camps des déplacés, on ne perçoit aucune trace de son action alors que l’insalubrité, la promiscuité s’imposent comme normes, et les cas de viols ne cessent d’augmenter. Certainement, on nous dira que les moyens sont faibles, qu’il est impossible de concurrencer les organisations internationales et/ou non-gouvernementales. C’est la rhétorique habituelle. Mais personne ne se laissera convaincre de l’impossibilité pour cette institution, alimentée par l’argent des contribuables, de fournir un minimum d’accompagnement.
Vu l’aggravation de la crise, on s’attendait à l’adoption de nouvelles politiques, la multiplication des actions sur le terrain et l’utilisation de canaux de communication pour sensibiliser. Cependant, la situation met plutôt à jour l’incompétence et le manque de vision d’un responsable dont la longévité à la tête de l’institution n’a d’égale.
L’ONM fait aussi défaut dans son devoir d’accompagner les refoulés/rapatriés à retrouver une vie en facilitant leur réintégration sociale et économique. Une double action qui nécessiterait, comme pour les déplacés internes, l’adoption de politiques devant faciliter l’obtention des documents d’identité, la poursuite de la scolarité, l’accès aux activités professionnelles, aux crédits pour la création d’entreprises… L’office représente, légalement, cette institution qui devrait permettre à ces différentes catégories de personnes, ayant vécu ces malheureuses expériences, de pouvoir retrouver leur place dans la société, de regagner confiance en la vie et continuer à rêver. Mais il n’arrive pas à répondre à ses obligations envers la population.
Le leadership du premier ministre Fils-Aimé n’a permis jusqu’à présent de redonner espoir à ces concitoyens, filles et fils authentiques de la République, qui ne savent à quel saint se vouer. Le pouvoir a beau changer de mains, mais les réalités restent les mêmes pour les couches les plus défavorisées.
Qu’il s’agisse d’un manque de volonté, d’une vision insuffisamment définie ou d’une combinaison des deux, le constat demeure préoccupant : l’Office National de la Migration, sous le leadership des sieurs Alix Didier Fils-Aimé et Jean Négot Bonheur Delva, ne fonctionne pas à la hauteur des attentes.
Il apparaît dès lors légitime de s’interroger sur la durée pendant laquelle de telles insuffisances peuvent perdurer. Peut-on laisser des incompétents continuer à occuper des fonctions aussi importantes ?

