Le président salvadorien Nayib Bukele s’est une nouvelle fois adressé directement au peuple haïtien, dans un message publié sur son compte X et rédigé en créole. Ce texte, qui intervient dans un contexte de déploiement militaire de son pays en Haïti, dresse un parallèle historique saisissant pour dénoncer les responsabilités locales dans la crise actuelle.
Bukele remonte le fil de l’histoire. Il rappelle que si Jean-Jacques Dessalines a libéré Haïti de la domination coloniale, il a été trahi et assassiné par ceux qui l’entouraient. Des hommes qui parlaient la même langue que lui, mais qui étaient dépourvus de ses principes, cherchant uniquement des avantages personnels au prix de la souffrance du peuple. Pour le dirigeant salvadorien, ces traîtres ont des héritiers directs aujourd’hui : ils se cachent parmi les membres des gangs, mais aussi parmi ceux qui les financent, les arment et entravent la liberté des citoyens.
Le président reconnaît par ailleurs que de nombreuses puissances étrangères ont pillé Haïti, mais il refuse de les tenir pour seuls responsables. Il souligne que ces pillages n’auraient pas été possibles sans la collaboration active de certains Haïtiens, qui ont vendu des armes, favorisé le trafic de drogue ou contrôlé des territoires pour le compte d’intérêts étrangers. « Qui pointe les armes sur vous ? Qui détruit vos maisons, si ce n’est ces mêmes bandits qui trahissent l’héritage de Dessalines ? », interroge-t-il. Le dirigeant salvadorien pointe ici la responsabilité des élites locales qui profitent du chaos.
Loin de se présenter comme un envahisseur, Bukele se veut un allié. Il affirme que le Salvador est aux côtés des Haïtiens pour les aider à neutraliser ces criminels. Il lance un appel vibrant à la mobilisation collective : les Haïtiens doivent se lever, reprendre le contrôle de leurs communautés et soumettre ceux qui les font souffrir.
Ce discours, qui se conclut par la promesse que « Ayiti ap lib » (Haïti sera libre), place la balle dans le camp des Haïtiens eux-mêmes. Il rappelle que la reconquête du pays ne pourra se faire sans une rupture radicale avec les complicités internes qui alimentent la violence et trahissent, encore aujourd’hui, l’héritage des pères fondateurs.

