Le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté, ce mercredi 14 octobre, la résolution 2831 (2026) prolongeant d’une année supplémentaire le régime de sanctions imposé à Haïti depuis 2022. Cette décision intervient alors que le dernier rapport du Groupe d’experts, publié en septembre 2026, documente une aggravation préoccupante du trafic d’armes et de munitions vers les gangs armés qui sévissent dans le pays.
Adoptée par 14 voix pour, aucune contre et une abstention (Russie), la résolution maintient l’interdiction de voyager, le gel des avoirs et l’embargo sur les armes pour une période d’un an à compter de son adoption. Elle charge également le Comité des sanctions d’élargir la liste des personnes visées, y compris toute personne violant l’embargo sur les armes qui n’a pas empêché l’acheminement d’armements vers les gangs haïtiens.
Le rapport final du Groupe d’experts, soumis en application de la résolution 2794 (2025), dresse un tableau sombre de la situation sécuritaire. Il recense 28 saisies d’armes et de munitions documentées entre le 22 octobre 2022 et le 1er juillet 2026 : huit ont eu lieu sur des navires à Miami, seize en Haïti et quatre en République dominicaine. Ces opérations ont permis de récupérer 69 pistolets, 67 fusils semi-automatiques, un fusil de calibre .50 et pas moins de 80 944 cartouches.
Le rapport révèle également que les messageries cryptées jouent un rôle central dans le trafic. En 2025, les experts ont identifié un groupe intitulé « Marché des armes », dont l’administrateur utilisait un numéro de téléphone enregistré en France. Ce réseau affirmait pouvoir livrer des armes dans toute la région, y compris en Guadeloupe, en Martinique et en Guyane française, où des numéros d’acheteurs potentiels ont été identifiés.
Lors des débats précédant l’adoption de la résolution, plusieurs intervenants ont souligné l’implication présumée de personnalités influentes dans le financement des gangs. L’ambassadeur du Panama, Eloy Alfaro de Alba, co-parrain du texte, a évoqué « la relation symbiotique largement documentée entre certains secteurs des élites politiques et économiques et les gangs qui tiennent aujourd’hui en otage la République sœur d’Haïti ».
L’ambassadeur haïtien Pierre Éricq Pierre a pour sa part insisté sur la nécessité de traiter « tous les mécanismes qui alimentent et perpétuent la violence », relevant que la capacité des groupes armés à nuire repose non seulement sur leurs activités criminelles, mais aussi sur « l’existence de réseaux de financement, d’approvisionnement et de soutien, parfois facilités par des acteurs nationaux et internationaux disposant de ressources économiques ou d’influence politique ».
La Russie, qui s’est abstenue lors du vote, a justifié sa position en dénonçant l’introduction de ce qu’elle considère comme « un nouveau critère de sanction » lié au détournement de ressources publiques. Selon l’ambassadeur Vassily Nebenzia, cette formulation expansive n’est pas directement liée aux critères principaux d’inscription établis par la résolution 2653 (2022).
Le renouvellement du régime de sanctions s’accompagne de la prolongation du mandat du Groupe d’experts pour treize mois. Ce dernier devra soumettre un rapport intérimaire au Conseil de sécurité avant le 28 mars 2027, et un rapport final au plus tard le 1er septembre 2027.

