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Quelque chose me gêne…

Il est admis scientifiquement que la sympathie que développent, en général, les otages envers leurs ravisseurs, après plusieurs jours de séquestration, est un phénomène connu sous l’appellation de syndrome de Stockholm… Pourquoi, quand chez nous, tout un village est pris en otage (Cité de Dieu, Canaan, Croix-des-Bouquets, Terre Noire, etc.), concluons-nous rapidement, sans doute pour justifier les prévisibles dommages collatéraux, qu’ils sont tous complices ?

Cette humanité dont nous nous prévalons est-elle légitime ?

Déjà, l’indifférence de nos élites à la chose haïtienne s’est accentuée depuis quelque temps. Les rares propositions ou énoncés de projets de reconstruction ne se justifient que par leur objectif : vouloir assurer la prochaine gouvernance de l’État… La chose publique serait-elle trop rentable pour la confier à des clans hors du cercle des initiés ?

Nous parlons d’enfants.

Et qu’ils soient de la descendance de Lanmò 100 Jou, d’Izo 5 Secondes ou des autres, qu’importe : ce sont des enfants haïtiens qui n’auront rien choisi… Ce sont eux, les victimes collatérales dont nous parlons avec une scandaleuse désinvolture…

Je n’ai aucune prétention d’être le plus humain des humanistes. J’ai, comme beaucoup, mes peurs, mes rancœurs, mes colères, mon indifférence, mon égoïsme bien haïtien… Mais je ne puis me résoudre à accepter de ne rien faire ou de ne rien dire pour prévenir un massacre d’innocents…

Ils sont tous coupables puisqu’ils sont complices des gangs armés. Alors, et nous ?

Sommes-nous innocents d’avoir accepté que des mafieux nous dirigent, que ce soient les étrangers qui identifient ceux d’entre nous qui sont les premiers responsables de cette situation ?

Notre nationalisme est devenu un prétexte pour accepter à notre table des assassins. Notre patriotisme est un slogan utilisé pour faire valoir nos droits au détriment du droit des autres.

J’ai peut-être tort… Mais je ne puis me résoudre à accepter que des étrangers, à notre demande, massacrent les miens… Quels qu’ils soient…

Le minimum consisterait à exiger des troupes étrangères qu’elles fassent tout ce qui est possible pour épargner les enfants…

Bien que conscient d’avoir besoin d’aide, je reste convaincu que nous devrions pouvoir régler le problème nous-mêmes. Notre armée, qu’elle ne soit forte que de cinq cents ou de mille hommes de troupe, devrait déjà être en manœuvre d’encerclement autour des zones d’opérations, avec des postes de secours pour les blessés, des camps pour les réfugiés et un service d’investigation pour l’identification des infiltrés ou des déserteurs des gangs.

Le gouvernement devrait solliciter tous les médias dans le cadre d’une campagne visant à inciter les jeunes membres des gangs à déposer les armes et à se rendre aux autorités… Tout devrait contribuer à éviter un bain de sang… L’immobilité des autorités est inacceptable, au même titre que le silence des citoyens.

Je suis honteux d’avoir recours à d’autres pour nettoyer l’espace que nous avons souillé.

Je sais que ma honte et mon désespoir, je les assume seul, et je ne me cherche aucun prétexte.

Ashley Laraque
27 octobre 2026

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