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Haïti : la justice à l’épreuve d’une nouvelle année judiciaire

Le lundi 5 octobre 2026, la Cour de cassation, sise au Champ-de-Mars, a comme d’habitude servi de cadre à la cérémonie d’ouverture de l’année judiciaire 2026-2027. Comme le prévoit l’article 75 du décret du 22 août 1995, cet événement rituel a réuni autour d’une même table les plus hautes autorités du pays : le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, plusieurs membres de son gouvernement, des magistrats, des responsables de la Police nationale d’Haïti et des Forces armées d’Haïti, ainsi que des représentants du corps diplomatique et consulaire. Une assemblée bigarrée, à la hauteur des enjeux qui pèsent sur l’institution judiciaire.

Le président du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ) et de la Cour de cassation, Jean-Joseph Lebrun, a dans son allocution salué l’ouverture de ce nouveau cycle judiciaire et les avancées enregistrées durant l’exercice écoulé. Il a invité ses collègues magistrats à ne pas relâcher leurs efforts, rappelant que la fonction de juge exige une droiture sans faille : indépendance, impartialité, bravoure et dignité. « Ne capitulons pas, ne cédons pas à la peur », a-t-il lancé, comme un cri de ralliement face aux menaces qui pèsent sur l’exercice de la justice.

Mais le président du CSPJ n’a pas éludé les faiblesses du système. Il a pointé du doigt la lenteur des procédures, le dénuement matériel, l’insuffisance des infrastructures et les conditions de travail précaires des magistrats. Des maux qui, selon lui, empêchent la justice de répondre aux attentes des justiciables. Il a toutefois mis en avant des motifs d’espoir : la certification récente de 119 magistrats et les 249 arrêts rendus par les cinq Cours d’appel du pays. Le communiqué diffusé après la cérémonie fait également état de 286 décisions de la Cour de cassation et de 6 388 dossiers traités par les tribunaux de première instance.

Jean-Joseph Lebrun a saisi l’occasion pour interpeller les autres branches de l’État. Il a réclamé davantage de sécurité pour l’institution judiciaire, ainsi que les moyens et le respect de son indépendance.

Le chef du gouvernement, Alix Didier Fils-Aimé, a pour sa part insisté sur la nécessaire coopération entre l’exécutif et le judiciaire, dans le respect des attributions de chacun. « L’État de droit nécessite une justice forte, indépendante et protectrice des citoyens », a-t-il affirmé, ajoutant que la paix et le progrès du pays en dépendent.

En sa qualité de ministre de la Justice a.i., le Premier ministre a annoncé l’entrée en vigueur, au 1er janvier 2027, du nouveau Code pénal et du nouveau Code de procédure pénale, présentés comme des outils clés de la modernisation judiciaire.

Cette cérémonie d’ouverture traduit une volonté affichée de réforme. Mais les discours, aussi ambitieux soient-ils, ne suffiront pas. La justice haïtienne a besoin de moyens concrets, de sécurité et d’indépendance réelle. Les citoyens, eux, attendent des résultats tangibles.

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