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Haïti : l’ONU pointe du doigt les parrains présumés des gangs dans son rapport final

Le rapport final du Groupe d’experts sur Haïti, transmis au Conseil de sécurité en septembre 2026, brosse un portrait saisissant des complicités qui permettent aux gangs de prospérer. Anciens élus, hommes d’affaires, agents de l’État : le document nomme plusieurs personnalités et détaille les accusations qui pèsent contre elles.

Selon les experts onusiens, la lutte contre les gangs ne peut se limiter à la traque des hommes armés. Le rapport insiste sur le fait que les bandes criminelles survivent grâce à un écosystème de soutiens bien identifiés, issus du monde politique, économique et sécuritaire. Sans s’attaquer à ces réseaux, avertit le document, aucun résultat durable ne pourra être obtenu.

Alfredo Antoine, l’ombre de Kenscoff

Premier nom cité : Alfredo Junior Antoine, député de Kenscoff entre 2016 et 2020. Les enquêteurs affirment qu’il a, dès 2016, armé et financé des groupes de jeunes de sa circonscription, lesquels sont ensuite devenus des gangs ou ont rejoint leurs rangs. Il est présenté comme l’un des cerveaux de l’assaut du 27 janvier 2025 contre Kenscoff, qui a fait plus d’une centaine de morts et s’est accompagné de viols, y compris sur des mineurs.

Le rapport évoque ses échanges fréquents avec Dady Paul, alias « Didy », figure de proue des gangs locaux, ainsi qu’avec Magalie Habitant, présentée comme la courroie de transmission entre politiques, milieux d’affaires et criminels. Antoine est aussi décrit comme un pourvoyeur d’armes et d’argent pour Viv Ansann. Des armes illégales ont été retrouvées à son domicile. Incarcéré en avril 2025, il a recouvré la liberté un mois plus tard. Il nie toute implication ; les experts maintiennent leurs conclusions.

Nenel Cassy, le sénateur et ses milices

Autre figure épinglée : Nenel Cassy, sénateur des Nippes à deux reprises. Le rapport lui attribue le contrôle du groupe « BLTS », actif à Chalon, spécialisé dans les enlèvements, les viols collectifs et les assassinats. Il aurait également fondé Fantome 509, une formation violente incluant des policiers, impliquée dans des attaques contre des forces de l’ordre.

Les experts lui reprochent une tentative d’enlèvement ayant conduit à la mort d’un diplomate haïtien en 2021, ainsi que des projets d’attaques contre des infrastructures aéroportuaires à Port-au-Prince, aux Cayes et au Cap-Haïtien. Il aurait aussi soutenu le gang Kraze Baryè de Vitelhomme Innocent et distribué des armes à Gressier en 2018. Arrêté en août 2025 puis relâché, il n’a pas répondu aux sollicitations du Groupe d’experts. Ottawa et Washington l’ont déjà sanctionné.

Rosemila Petit Frère, la mairesse qui parlait aux gangs

Rosemila Petit Frère, ancienne maire d’Arcahaie, est au cœur d’une enquête sur le financement des groupes armés. Le rapport la décrit comme une interlocutrice de longue date des chefs de Viv Ansann, à qui elle fournissait appuis financiers et logistiques. Elle aurait transmis à Ti Lapli, chef de Grand Ravine, des informations confidentielles sur des opérations policières imminentes.

Ses accointances dans la police lui auraient permis d’obtenir des marchés publics sans concurrence, notamment pour des uniformes, et de placer des proches à des postes clés afin de détourner des fonds. Le blanchiment passait, selon les enquêteurs, par trois sociétés lui appartenant. Interpellée en août 2025, elle conteste les faits.

Jean-Charles Moïse et l’or jaune des anguilles

Le rapport s’attarde sur Jean-Charles Moïse, figure politique du Nord et ancien candidat à la présidentielle, présenté comme le maître d’œuvre du lucratif commerce de anguilles (civelles). Ce secteur, pesant plusieurs milliers de dollars le kilo à l’export, échappe à toute régulation faute d’adhésion d’Haïti à la CITES. Moïse contrôlerait la délivrance des permis, ferait pression sur les douaniers et piloterait un réseau de contrebande vers la République dominicaine.

Guy Philippe, Youri Latortue, Prophane Victor, également épinglés
D’autres personnalités politiques sont également citées dans ce rapport. Guy Philippe, ancien haut responsable de la police devenu acteur politique, est accusé de soutien à Viv Ansanm. Les experts évoquent plusieurs rencontres avec Jean Misnord, alias « Fado », numéro trois du gang Simon Pelé, dans le contexte de tentatives d’expansion des gangs vers le sud de la Grand’Anse.

Dans l’Artibonite, les experts rappellent par ailleurs ce qu’ils qualifient de recours historique à des groupes armés par Youri Latortue et Prophane Victor. Prophane Victor n’est d’ailleurs pas un simple nom périphérique du dispositif onusien, il figure parmi les personnes déjà inscrites sur la liste des sanctions de l’ONU.

Le document révèle enfin la faiblesse du gel des avoirs : à peine quelques milliers de dollars saisis sur les comptes de deux individus sanctionnés. Aucun bien immobilier n’a été identifié. Les experts plaident pour l’élargissement de la liste des sanctions et pour que le régime onusien cible enfin ceux qui, dans l’ombre, permettent aux gangs de durer.

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