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Près de 8 500 personnes ont fui leur domicile à Gros-Morne, après les violences armées du 28 septembre

La commune de Gros-Morne, dans le département de l’Artibonite, traverse une grave crise humanitaire. Selon le rapport de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) rendu public le jeudi 8 octobre 2026, 8 486 personnes, représentant 2 011 ménages, ont été contraintes d’abandonner leur foyer à la suite des violences armées survenues le 28 septembre dernier. Ces déplacements massifs témoignent de l’intensification de l’insécurité dans cette région agricole stratégique du pays.

D’après les données de l’OIM, la quasi-totalité des déplacés — soit 99 % — a trouvé refuge dans des familles d’accueil, tandis qu’à peine 1 % a été orienté vers des sites temporaires. La commune de Gros-Morne elle-même absorbe 66 % de ces personnes déplacées, suivie de Gonaïves, qui en accueille 26 %. Cette répartition témoigne d’une solidarité communautaire remarquable, mais aussi de la pression considérable exercée sur des ressources déjà limitées.

Les violences sont attribuées au gang « Kokorat San Ras », actif dans la région depuis plusieurs années. Selon plusieurs sources concordantes, l’attaque surviendrait en représailles à une opération menée par la Force de répression des gangs (GSF), un contingent de la mission multinationale de soutien à la sécurité appuyée par les Nations unies. Le maire de Gros-Morne, Hubert Sénélus, a confirmé sur les ondes d’une radio locale que les soldats sri-lankais avaient regagné leur base de Gonaïves quelques heures seulement après leur intervention. Les membres du gang ont alors « semé la terreur parmi la population », ouvrant le feu dans toutes les directions et incendiant des maisons.

Le bilan humain de ces attaques fait état d’au moins onze à douze personnes tuées et de plusieurs blessés. Toutefois, ces chiffres pourraient s’alourdir, car l’accès à certaines zones reste difficile pour les équipes humanitaires.

Cette flambée de violence illustre une tendance préoccupante : l’expansion des gangs armés au-delà de Port-au-Prince vers l’Artibonite, considérée comme le grenier agricole du pays. Le gang « Kokorat San Ras » a déjà été impliqué dans de multiples épisodes de violence à Gros-Morne et dans les communes voisines. Son activité croissante menace non seulement la sécurité des civils, mais aussi la production agricole et l’approvisionnement alimentaire de plusieurs régions.

Le rapport de l’OIM s’inscrit dans un contexte de dégradation continue de la situation humanitaire en Haïti. Selon les données du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), le nombre de déplacés internes dans le pays approche désormais les 1,5 million de personnes, un niveau sans précédent. Les infrastructures d’accueil, déjà saturées, peinent à répondre aux besoins essentiels des populations déplacées : nourriture, eau potable, soins de santé et abris.

Face à cette situation, les organisations humanitaires réclament un accès sécurisé aux zones touchées afin de porter assistance aux déplacés, ainsi qu’un renforcement des mécanismes de protection des civils. Elles appellent également les autorités haïtiennes et la communauté internationale à s’attaquer aux causes profondes de la violence, notamment l’impunité dont jouissent les gangs armés et la faiblesse des institutions étatiques.

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